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Avec la mer en face  /  Amb el mar davant
Avec la mer en face / Amb el mar davant
15 juin au 30 septembre 2018

Fundacio Forum per la Fotografia

https://www.facebook.com/FundacioForvmPerLaFotografia/

Carrer d'en Granada, 11  E-43003 Tarragone

commissaire de l'exposition : Chantal Grande

Avec la mer en face réunit des extraits de quatre séries différentes, réalisées entre 2005 et 2016 en France et en Egypte.

Dans son poème Mer matinale, Constantin Cavafy chantait avec lyrisme la vue sur la mer par ces mots :

Ah, m’arrêter ici. A mon tour contempler un peu la nature.

D’une mer matinale et d'un ciel sans nuage

les bleus étincelants et le sable jaune ; le tout

sous une belle et vaste lumière.

Mais aujourd'hui, que ce soit d'un côté ou de l'autre de la mer Méditerranée, le ciel n'est plus sans nuages et les paysages ne peuvent plus être des paysages idéalisés. Il n'y a rien d'idyllique dans ces espaces urbains façonnés par l'homme, avec ces architectures hétérogènes s'imbriquant les unes dans les autres, et même le vieux cabanon de pêcheur laisse un sentiment d'abandon plus sinistre que doucement mélancolique. Devant les étendues d'eau, l'espace arrive à nouveau à se déployer avec majesté, autour des bancs en béton qui attendent les promeneurs sous un ciel lumineux, et aussi face à ce mince bandeau de plage coincé entre béton et mer, même si le jeune homme assis sur les rochers, solitaire, nous fera probablement penser au Moine au bord de mer de Caspar David Friedrich, minuscule devant l'infini. A Alexandrie, c'est surtout à travers des couples de dos que l'on aperçoit la ville : assis sur des bancs au bord de mer ou dans des jardins publics. Se créant des bulles d'intimité à l'écart de l'agitation de la ville, ils sont penchés l'un vers l'autre, un peu ou à peine, se regardent ou regardent la mer, tournant le dos au monde. Leur présence donne l'échelle et manifeste aussi la violence des transformations d'une mégalopole dont les strates successives affichent la brutalité des opérations immobilières. De l’autre côte de la mer, entre Marseille et à Port-de-Bouc mon regard s’arrête sur les jardins publics et le territoire du bord de la petite ville post-industrielle. Dans les jardins, attentive à la théâtralité naturelle et consciente de l'artificialité des espaces eux-mêmes,l’espace s'est ouvert devant moi comme un théâtre où se jouent des scènes sans cesse renouvelées. Je suis l'observatrice de ces promeneurs qui traversent ou parfois se posent, qui sont en représentation ou parfois se laissent aller, dans des attitudes stéréotypés et pourtant toujours renouvelées. La mer parfois semble border la ville comme on dit d’un lit qu’il est bordé, et même si c’est finalement l’architecture qui finit par s’imposer, je veux garder comme dernière et première image celle du petit manteau rouge accroché à un buisson, image d’absence d’un petit corps parti ailleurs.