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AlexWest (work in progress)
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  • Alexwest : singeant les enseignes hollywoodiennes,  les lettres découpées dans le métal  évoquent quelque promesse radieuse. Car nous sommes ici en Egypte, à l’ouest d’Alexandrie, dans un vaste espace en friche, préfigurant un complexe hôtelier et résidentiel comme il en pousse un peu partout dans le monde afin d’accueillir touristes et travailleurs en transit. C’est un tel lieu, rencontré un peu par hasard, qui a engendré le récent ensemble photographique de Brigitte Bauer.

    Les paysages architecturés saisis et construits par l’artiste offrent au regard des édifices en voie d’édification ou d’achèvement, dans un environnement sablonneux, cependant déjà maigrement arboré. Brigitte Bauer a plus particulièrement porté son attention sur des constructions flanquées de colonnes ostentatoires, dont on ne sait trop si elles annoncent un futur proche ou bien si elles sont d’ores et déjà ruinées. Cette temporalité contradictoire est différemment révélée par les vues d’intérieurs – un hôtel – où l’agencement et le mobilier, pourtant tout récents, semblent déjà désuets. Leur obsolescence va ici de pair avec l’indétermination stylistique d’une architecture “internationale”. Complexes, les compositions multiplient les points de vues, rappelant à notre mémoire certaines architectures peintes a fresca par Giotto, dans lesquelles intérieur et extérieur sont simultanément visibles.  Pour l’heure ouvertes sur le ciel et les unes sur les autres, les arcatures d’Alexwest viennent en effet encadrer d’autres bâtiments, provoquant de troublants jeux d’échelle.

    Un regard plus attentif décèle parfois des incohérences architecturales. Car Brigitte Bauer, çà et là, a infographiquement ménagé de nouvelles trouées, a ajouté un élément bâti – pris sur Internet ou emprunté à une de ses propres photographies. Réalisées de façon discrète et subtile, ces modifications suscitent par contre coup le doute quant à la véracité de l’ensemble des images. Dans ce contexte, l’incongruité d’une verdure artificielle, ou le surdimensionnement apparent d’un édifice – provoqué par la présence de la figure humaine – incline à croire à un montage là où il n’y en a pas et, inversement, à ne pas percevoir l’intervention de l’artiste là où celle-ci est effective. Ces ambivalences spatiales et temporelles sont renforcées par la coexistence, au sein de la série, de représentations en noir et blanc et en couleur. Jouant avec les genres, Brigitte Bauer met en doute la valeur documentaire historiquement attachée au médium photographique. Si nous percevons le noir et blanc comme artistique, nous voyons dans l’usage de la couleur une dimension plus objective. L’artiste prend le contre-pied de ces présupposés, ou bien crée des images dans lesquelles la part de réalité et de fiction apparaît souvent indécidable. La prédominance du béton et du sable, dont la pâleur est parfois réveillée par le vert du gazon, la relative fadeur des bleus offerts par les étendues d’eau et de ciel contribuent à faire de ces photographies des paysages à la fois familiers et étranges. Aussi, entre passé et futur, ces lieux réinventés, à l’image du nom qui les situe, deviennent, sous le regard de l’artiste, des abstractions réelles.

    Natacha Pugnet

     


    AlexWest (work in progress)
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    AlexWest, 2012 (7421)

    formats et supports variables



    AlexWest, 2009 (1204-08)

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    AlexWest, 2009 (1203-01)

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    AlexWest, 2009 (1201-07)

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    AlexWest, 2009 (1209-10)

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    AlexWest, 2009 (1211-08)

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    AlexWest, 2012 (7380)

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    AlexWest, 2012 (7297)

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    AlexWest, 2009 (1211-05)

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    AlexWest, 2012 (754950)

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    AlexWest, 2009 (1211-02)

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    AlexWest, 2012 (7570-71)

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    AlexWest, 2009 (1208-08)

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    AlexWest (work in progress)
    2009 / 2012

    Alexwest : singeant les enseignes hollywoodiennes,  les lettres découpées dans le métal  évoquent quelque promesse radieuse. Car nous sommes ici en Egypte, à l’ouest d’Alexandrie, dans un vaste espace en friche, préfigurant un complexe hôtelier et résidentiel comme il en pousse un peu partout dans le monde afin d’accueillir touristes et travailleurs en transit. C’est un tel lieu, rencontré un peu par hasard, qui a engendré le récent ensemble photographique de Brigitte Bauer.

    Les paysages architecturés saisis et construits par l’artiste offrent au regard des édifices en voie d’édification ou d’achèvement, dans un environnement sablonneux, cependant déjà maigrement arboré. Brigitte Bauer a plus particulièrement porté son attention sur des constructions flanquées de colonnes ostentatoires, dont on ne sait trop si elles annoncent un futur proche ou bien si elles sont d’ores et déjà ruinées. Cette temporalité contradictoire est différemment révélée par les vues d’intérieurs – un hôtel – où l’agencement et le mobilier, pourtant tout récents, semblent déjà désuets. Leur obsolescence va ici de pair avec l’indétermination stylistique d’une architecture “internationale”. Complexes, les compositions multiplient les points de vues, rappelant à notre mémoire certaines architectures peintes a fresca par Giotto, dans lesquelles intérieur et extérieur sont simultanément visibles.  Pour l’heure ouvertes sur le ciel et les unes sur les autres, les arcatures d’Alexwest viennent en effet encadrer d’autres bâtiments, provoquant de troublants jeux d’échelle.

    Un regard plus attentif décèle parfois des incohérences architecturales. Car Brigitte Bauer, çà et là, a infographiquement ménagé de nouvelles trouées, a ajouté un élément bâti – pris sur Internet ou emprunté à une de ses propres photographies. Réalisées de façon discrète et subtile, ces modifications suscitent par contre coup le doute quant à la véracité de l’ensemble des images. Dans ce contexte, l’incongruité d’une verdure artificielle, ou le surdimensionnement apparent d’un édifice – provoqué par la présence de la figure humaine – incline à croire à un montage là où il n’y en a pas et, inversement, à ne pas percevoir l’intervention de l’artiste là où celle-ci est effective. Ces ambivalences spatiales et temporelles sont renforcées par la coexistence, au sein de la série, de représentations en noir et blanc et en couleur. Jouant avec les genres, Brigitte Bauer met en doute la valeur documentaire historiquement attachée au médium photographique. Si nous percevons le noir et blanc comme artistique, nous voyons dans l’usage de la couleur une dimension plus objective. L’artiste prend le contre-pied de ces présupposés, ou bien crée des images dans lesquelles la part de réalité et de fiction apparaît souvent indécidable. La prédominance du béton et du sable, dont la pâleur est parfois réveillée par le vert du gazon, la relative fadeur des bleus offerts par les étendues d’eau et de ciel contribuent à faire de ces photographies des paysages à la fois familiers et étranges. Aussi, entre passé et futur, ces lieux réinventés, à l’image du nom qui les situe, deviennent, sous le regard de l’artiste, des abstractions réelles.

    Natacha Pugnet